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    Lors de nos premiers débats, certains discours reviennent comme des évidences partagées par certains invités et la salle : des discours critiques et utopiques qui forment le contexte culturel des débats intellectuels sur une nécessaire « révolution environnementale ». Mais certaines évidences partagées masquent peut-être de problèmes fondamentaux, des enjeux de civilisation qui divisent. 

    Par exemple : le DD doit nous permettre de redéfinir une civilisation à partir de l’objectif du bonheur, et symétriquement si nous ne faisons rien, nous sommes condamnés à une apocalypse inévitable.

    Le bonheur ou la catastrophe? 

    Nous faisons face à un précipice : ce vertige morbide (finitude de la planète, risque d’extinction de la vie) explique peut-être le besoin de se projeter dans son opposé : la vie idéale, le bonheur. Ce mot revient sans cesse, sans que l’on explique en quoi il serait réellement en rapport à la crise environnementale, ni en quoi il y répondrait. Au delà de la nécessité stratégique d’adosser la rationalité du DD aux risques (et réalités) de la catastrophe, le thème du bonheur paraît particulièrement problématique : n’est-ce pas précisément la morale du bonheur qui porte une lourde responsabilité dans la crise environnementale que nous traversons ? 

    Kant avait critiqué la tentation de fonder la morale sur le bonheur, car celui-ci est nécessairement une notion privée et subjective qui contredit tout accord objectif sur des valeurs universelles. A chacun son bonheur, c’est bien connu… Quant à définir la norme d’un bonheur collectif, l’Histoire du XXe siècle devrait nous vacciner : c’est précisément la réthorique de tous les totalitarismes.  Et une société démocratique basée sur le bonheur, tend à se fragmenter, se réduire sur des communautarismes, des préférences et donc des rejets! La société du nombrilisme, nous y sommes déjà… Il faudrait donc au contraire apprendre à ne pas penser à partir des notions hédonistes de bonheur (bien être, satisfaction, plaisir), qui se traduisent concrètement par modes de consommation.

    Se projeter sur un projet de civilisation pourrait donc consister à affronter ces paradoxes : remettre en cause la société de consommation, c’est peut-être remettre en cause une idée fondamentale : la liberté individuelle, comprise comme le bon vouloir… Rouler en 4×4 lorsqu’on habite en ville, c’est évidemment une survalorisation de la liberté individuelle (et un remède imaginaire au manque de liberté réelle), mais au delà des caricatures, un projet de civilisation durable pourra-t’il faire l’économie d’une réflexion sur la réponse à ce désir d’autonomie et de liberté? L’idéal du bonheur prend ici un sens beaucoup plus essentiel et politique. 

     

    MA.

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