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14 décembre 2008Points de vue Laissez un commentaire »Un art au service du développement durable ? Sans doute l’idée peut-elle complaire aux militants de la pédagogie environnementale. Mais tous les autres – pour lesquels « l’art ne saurait être au service de quoi que ce soit » – n’y verront qu’un assujettissement insupportable. « L’art pour l’art » contre l’art à « thèses » et à « messages », la querelle n’est pas d’aujourd’hui… mais le développement durable déplace un peu le débat, le portant tout spécialement sur la question du legs aux générations futures, de leur « sensibilisation » et de leur « éducation ». Saint-Exupéry souvent cité dans ce contexte : « Nous n’héritons pas de la terre de nos ancêtres, nous l’empruntons à nos enfants ». L’éthique du développement durable se fonde bien sur l’idée de notre « responsabilité à l’égard des générations futures ». C’est bien parce que nous leur devons plus qu’une planète souillée, dégradée, appauvrie, que nous nous mettons en devoir de les préparer à ne pas nous imiter.
Jacques Rémy-Girerd, réalisateur de « Mia et le migou » : « le changement passera par les enfants, qui sont aujourd’hui prescripteurs, qui peuvent aider leurs parents à mieux prendre en compte l’environnement ».
Et l’art dans tout cela ? Il faut y regarder de plus près. Dans la même interview, Jacques Rémy-Girerd évoquant son film, souhaite qu’il nous permette de « retrouver les territoires de notre enfance ». Nous y voici donc. Le bonheur ne serait pas seulement dans le pré, il serait donc aussi loin derrière nous, dans ce « vert paradis des amours enfantines ». Retour, pas nécessairement nostalgique, mais retour quand même. Nietzsche dans un écho : « Maturité de l’homme : retrouver le sérieux des jeux de son enfance ». Picasso suggère pourtant autre chose : « A treize ans je peignais comme Raphaël, j’ai mis toute ma vie à peindre comme un enfant ». Enfance (re ?)trouvée, peut-être, mais dans un « apprentissage » aussi culturel et instruit que personnel et instinctif. L’art comme enfance plutôt que l’enfance de l’art, devant soi plutôt que derrière, et pas nécessairement au bout d’un chemin de roses : souffrance et combat de l’artiste…
Combat ? L’art moderne ne saurait être que combat : « La peinture n’est pas faite pour décorer les salons, c’est un instrument de guerre offensive et défensive contre l’ennemi », déclare Picasso en mars 45. Un combat d’abord artistique, de « traits et de couleurs », de « signes », de « symboles », mais pas nécessairement égoïste ni solitaire : « J’ai voulu par le dessin et la couleur, puisque c’étaient là mes armes, pénétrer plus avant dans la connaissance du monde et des hommes, afin que cette connaissance nous libère tous chaque jour davantage… ». Enfin, comme chacun sait, un combat qui ne se suffit pas toujours à lui-même et que les artistes prolongent parfois, comme Picasso, d’un engagement effectivement politique.
Alors, le développement durable est-il un combat ? Des artistes en sont-ils et sur quels modes ? Et cela dans quel rapport à leur enfance, à l’enfance, aux générations futures ? Nous attendons vos avis et contributions…
BB
Mots-clés : art, art pour l'art, combat, enfance, Picasso Laissez un commentaire »


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